L’indispensable retour sur Devoxx 2026 — jeudi

Tout comme il y a deux ans, je suis retourné à Devoxx cette année. Surtout pour conserver la mémoire des talks auxquels j’ai assisté, j’écris donc cette série de deux billets de blog. Ils sont garantis sans IA, au moins pour la rédaction des billets eux-mêmes, car il était très difficile de passer outre le sujet cette année.
Keynotes
Le développeur face à l’IA : du prototypage rapide à la fin des intermédiaires ? par Nicolas Genié
Dans cette keynote, Nicolas Grenié nous fait un retour d’expérience de vibe coding pour ses projets personnels et amène ensuite cette dimension dans l’entreprise. Il a clairement switché vers un monde où on n’écrit plus une seule ligne de code ni ne choisissons les stacks techniques de nos produits. Car en définitive ce qui compte est le produit et seulement lui. Mais dans cette optique où le produit est roi, il y a de nombreux freins à itérer rapidement et efficacement en entreprise : le prototypage est long et fastidieux ; le transformer en un produit bon pour la production est au moins aussi long. Avec l’IA, on passe donc tout notre temps à prompt engineerer pour laisser les PM s’exprimer et avoir un feedback rapide sur les produits. On prend la décision de continuer ou d’abandonner un produit non plus sur un proto, mais biensur le produit finalisé en lui-même.
Cette perspective est donc intéressante en 2026 et donne le point de vue extrème d’une boîte qui n’aurait plus peur d’aller extrêmement vite et d’itérer le plus rapidement possible.
L’IA sur le terrain : l’humain au cœur de la valeur par Marjory Canonne
Retour à la réalité du terrain avec cette seconde keynote. Marjory Canonne nous aide à remettre en perspective la hype de notre industrie (qui se souvient des datalakes d’il y a à peine 10 ans ?) afin d’apporter de la valeur là où elle est vraiment utile. Il s’agit donc de construire les outils pragmatiques du quotidien plus rapidement et plus efficacement. J’ai bien aimé son ancrage dans le territoire et son orientation d’aide aux PME.
Réplication des données avec Apache Accord par Pierre Sutra
Le choix de la toute première conférence après les keynotes a été extrèmement simple : voir cités Paxos, Raft et Cassandra dans le résumé et que le niveau ait été placé à Advanced a suffi à me convaincre. Pas que je sois un expert du domaine bien au contraire, mais plus parce que sais justement que ce sont des sujets compliqués. Si je ne me force pas parfois à essayer de comprendre en profondeur un domaine complexe, quand le ferai-je ? Bref cette conférence a rempli de loin mes attentes : le caractère didactique des explications et le story telling auquel à fait preuve Pierre Sutra pour nous raconter comment ses collègues et lui s’y sont pris pour :
- avoir l’intuition qu’un problème se cachait derrière l’implémentation d’Egalitarian Paxos
- trouver un moyen d’apporter la preuve de l’aspect incorrect de cette implémentation (c’est là que je me suis rappelé qu’il était toujours plus simple de trouver un contre-exemple et donc de prouver qu’un théorème est faux plutôt que de prouver qu’il est vrai quelque soit les paramètres)
- apporter une idée nouvelle à l’algorithme pour qu’il puisse éviter les fautes
- enfin implémenter cette nouvelle version dans une base de données hautement distribuée et utilisée massivement partout dans le monde
J’ai une petite pensée pour mon ancien employeur qui utilise toujours cette base de données pour gérer les transactions bancaires de ses millions de clients.
Bye bye Vendor Lock-in : Standardisez vos Feature Flags avec OpenFeature par Thomas Poignant
Cela fait écho avec un article précédemment écrit ici et c’est pour cela que j’ai suivi ce talk sur OpenFeature. Entre partage d’expérience sur la gestion d’un projet open source qui prend de l’ampleur et discussions de fond sur la notion de feature flag, on a de la matière à réflexion. J’ai particulièrement retenu deux choses de cette conférence :
- Google a tellement de feature flags que leur règle est maintenant de n’avoir le droit d’en ajouter un qu’à condition
d’en retirer deux
- dans la boîte de Thomas Poignant — Gens de confiance — ils ne se posent jamais la question de savoir si il faut un
feature flag : ils l’introduisent systématiquement
Compose & Dragons: le jeu de rôle des agents nourris aux Tiny Language Models par Guillaume Lours et Philippe Charrière
Un Deep Dive de 3h sur le sujet des LLM locaux sur fond de jeux de rôle, ça ne se refuse pas. D’autant que les speakers m’inspiraient bien. Ils ont déjà joué leur talk plusieurs fois et c’était rassurant, mais aussi amusant de voir qu’il avait évolué. Quand on travaille sur l’IA, tout bouge toujours plus vite. Ce qui était moins rassurant, c’était d’essayer de se mettre à la place de Philippe Charrière et de maintenir sa base de code. Ce n’est clairement pas mon style — à base de scripts copiés/collés/bidouillés. Mais le plus fou, c’est qu’il s’en sort plutôt bien. Je suis ressorti de ces trois heures avec l’envie d’expérimenter et de mettre des SLM dans mon application pet project.
Domptez vos Agents : AGENTS.md et Context Engineering pour une IA déterministe par Benoît Fontaine
La première conf vraiment IA et un sentiment mitigé par les conseils divulgués dans cette demi-heure remplie de Claude. Pas sûr qu’elle sera encore pertinente dans six mois.
Observabilité PostgreSQL : la configuration des logs qui change tout par Alain Lesage
Cette conférence était très intéressante sur deux aspects. Elle commence par démontrer que des outils d’observabilité complexes et coûteux à mettre en place et à maintenir peuvent tout-à-fait se faire remplacer par des outils beaucoup plus frugaux que sont les parseurs de logs. Puis vient la démo de l’outil en lui-même. Alain Lesage connaît bien PostgreSQL et ses spécificités. C’est en cela que l’outil qu’il a développé apporte une réelle plus-value à la compréhension de ce qui s’y passe. Le fait qu’il l’utilise au quotidien pour comprendre les problèmes de ses clients permet également de continer à penser que le fameux adage eat your own dog food s’applique.
Désolé pour le spoil, mais le passage à l’analyse de logs en web assembly directement dans le navigateur avec le rapport HTML a fini de convaincre l’assemblée. Power tool, open source, construit sur le concret : que du bon.
Conclusion de la première journée
Après cette première journée dense en conférences et en échanges — j’ai réussi à croiser pas mal de monde et d’anciennes connaissances — je termine avec un dîner en famille avec Éric sans qui je n’aurai pas pu assister à Devoxx. Merci à lui. Rendez-vous dans le prochain billet de blog pour le feedback du vendredi.